Bachar Kouatly

Par Jean-Michel Péchiné

Sa plus grande fierté est d’avoir gardé une passion intacte pour ce jeu que lui avait enseigné son père. Il a toujours tenté de lui rendre ce qu’il lui avait offert. Tant de voyages et de rencontres, de découvertes de pays parfois si lointains.

Idéal de partage

Il lui a appris à vaincre, à trouver sans cesse des ressources nouvelles. Dans un tournoi, comme dans la vie, il lui a appris à perdre en respectant celui qui l’avait battu. Il a remporté des titres, celui de Champion de France en 1979, bien sûr. Il rêvait d’être Grand-Maître International. En 1990, il avait organisé le 5ème match Kasparov-Karpov, à Lyon.

En 1997, il prit la direction d’Europe Échecs. Dans l’esprit pionnier qui animait son fondateur, il croit avoir cultivé l’idéal de Raoul Bertolo en 1959, et des membres de l’Association des Amis d’Europe Échecs. A travers ce jeu, nous parlons tous un même langage. C’est une valeur précieuse. Le jeu permet à chacun de s’exprimer librement. Tel qu’il est. Il n’y a aucune exclusion possible. Homme, femme, enfant, vétéran, au-delà de toutes les barrières sociales, au-delà même du handicap, nous échangeons le temps d’une partie.

Cette idée de partage, c’est ce qu’il aime fondamentalement dans les échecs. Sa pratique est associée à une culture d’une richesse rare. En tant que dirigeant, il s’est toujours senti être le serviteur de ce jeu unique. Son action s’est inscrite dans la grande tradition d’Europe Échecs.

Combat

Au 21ème siècle, les échecs se trouvent à la croisée des chemins. L’économie est entrée dans une crise profonde en 2008. Huit ans après, nul n’en voit l’issue. Il est chef d’entreprise, il n’ignore rien des difficultés que traverse le monde des échecs. Il lui paraît essentiel que l’action conduite à la tête de la Fédération Française des Échecs soit responsable. Le récent Top 12 a démontré que nul n’est épargné, pas même le club de Clichy et ses 14 titres de Champion de France.

Ces derniers mois, il a eu si souvent l’occasion de partager les interrogations profondes de tant de présidents de clubs. Comment puis-je boucler mes budgets compétition et formation quand les collectivités locales et régionales se désengagent ? Comment puis-je pérenniser mon club ? Surtout que les sponsors privés se détournent traditionnellement de nous. A tous, il voudrait dire qu’il est pleinement conscient de la complexité du combat auquel la FFE et chacun de ses clubs doivent faire face. Il croit pouvoir dire que tous les présidents le connaissent, que ce soit de visu ou de réputation.

Nul n’ignore qu’il est un homme engagé, un homme de passion. Il a perdu des batailles et il a remporté de belles victoires. Il a rêvé, bien sûr, mais il a toujours su garder les pieds sur terre. Aujourd’hui, il voudrait être optimiste et partager son optimisme avec chacun de vous ! Le combat est dur, certes, mais nous avons des atouts formidables pour le gagner.

Union

Jamais il n’y a eu une aussi grande attente du côté du grand public. Le programme des Échecs à l’Ecole est une réalité qui tend à s’ancrer dans notre système éducatif. En enseignant le jeu aux enfants, nous touchons le cœur des parents. C’est un mouvement irréversible et cette sensibilisation va se poursuivre à grande échelle car les échecs rentrent dans les écoles dans tous les pays d’Europe et dans tant de pays du monde. Les dernières Rencontres de la Francophonie à Genève, conduites par l’AIDEF, le démontrent.

Le potentiel de développement de ce jeu est immense, en Europe, en Afrique et sur tous les continents. Si les actions conduites par la FFE et ses clubs rayonnent à travers les médias, les sponsors seront au rendez-vous, au niveau national, régional et local. Il voudrait que tous les acteurs du jeu s’unissent autour de ce projet commun. Que chaque président de club, de comité départemental et de ligue se sente lui aussi investi d’une mission. Que nous ouvrions nos portes à chacun, que nous démontrions au grand public que les échecs sont un jeu accessible à tous.

Les clubs ont aujourd’hui une utilité sociale. Ils sont aussi un moyen de lutter contre l’isolement et l’exclusion. Si nous ancrons nos structures dans cette réalité sociale, nous gagnerons notre pari. Cela commence par la FFE. Il n’ignore pas les difficultés passées. Il voudrait que ses salariés se sentent motivés par les enjeux et que leur action au service du plus grand nombre soit encore mieux valorisée.

Que chacun exprime sa fierté de représenter la FFE. Cultivons notre image de marque car c’est notre richesse. Cessons de nous montrer divisés. Si le sommet de la hiérarchie bénéficie de nouveaux subsides, de recettes propres, de sponsoring voire de mécénat, la base sera elle aussi gratifiée.

Atouts

Cultivons notre richesse et enrichissons notre héritage, en le rendant visible. Il y a la compétition, le classement Elo et la vie des tournois, les interclubs et toutes ces rencontres par équipes qui nous redonnent chaque week-end le goût du combat. Il y a aussi l’art et la culture des échecs.

La France a toujours été l’un des pôles dominants de l’histoire moderne de ce jeu. L’histoire a commencé à s’écrire au Café de La Régence, au Siècle des Lumières. Le Palamède, fondé en 1836, est l’ancêtre de toutes les revues d’échecs. En 1924, la FIDE avait été créée à Paris. En 1927, la Marseillaise avait retenti à Buenos-Aires lors du sacre d’Alekhine. En 2016, la France est classée au 6ème rang international des Nations par la FIDE. Maxime Vachier-Lagrave occupe le 2ème rang mondial.

Notre pays est l’un des plus actifs au monde pour l’organisation de tournois de tous niveaux. Les Rencontres du Cap d’Agde sont devenues l’un des plus grands festivals d’Europe. Nous pouvons compter à présent avec le Paris Grand Chess Tour. Les médias ont répondu présents. Ils ont diffusé les combats de Magnus Carlsen et de l’élite mondiale. Autant de motifs qui lui donnent envie de croire en un bel avenir pour la FFE et ses clubs.

Unissons nos forces. Ensemble, nous gagnerons le combat du développement des échecs en France, au bénéfice de tous et de chacun.

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